Mardi 12 janvier 2010 2 12 /01 /Jan /2010 17:17

Je suis celui qui toujours désire voler plus proche du soleil

 

« N’en approche pas car tu te brûleras les ailes »

 

Je suis celui qui toujours veut voir briller plus d’or

 

« Détourne le regard car tu te brûleras les yeux »

 

Je suis celui qui veut rassasier sa soif à toutes les fontaines

 

« A force d’y plonger les mains, tu finiras par t’y noyer »

 

Je suis celui qui veut conquérir les terres vierges

 

« Calme-toi et soigne ton verger ! »

 

Et Icare de se révolter contre les conseils paternels :

 

« Laisse-moi vivre ! Je suis jeune et ne crains ni le soleil ni la mort ! Laisse-moi voler, boire et cueillir les fruits de la terre et du soleil ! »

 

 Certains disent qu’Icare s’est brûlé les ailes. Il paraît même que les ailes brûlaient en gerbes colorées et qu’il se serait réjoui du crépitement des plumes et des étincelles de sa vie qui voltigeaient dans les nuages.

Par renato bridge - Publié dans : poésie
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Vendredi 8 janvier 2010 5 08 /01 /Jan /2010 00:26

Génération Windows

 

Je suis de la génération Windows, de ceux qui sont nés en même temps que les premiers ordinateurs grand public.

Je suis de la génération virtuelle pour laquelle l’Internet est devenu le principal mode de communication.

 

Je suis de la génération perdue et abîmée, à jamais damnée.

 

Je suis de la génération qui ne croit plus en rien d’autre que l’individu, le soi.

Je suis de la génération qui consomme pour se divertir.

Je suis de la génération ivre trois soirs par semaine pour oublier la laideur du quotidien.

Je suis de la génération pour laquelle la télévision et l’ordinateur ont remplacé le livre.

Je suis de la génération qui ne croit plus à l’amour car elle a déjà épuisé tous les plaisirs à 25 ans.

Je suis de la génération que les drogues aident à rire.

Je suis de la génération du culte du corps et de la performance physique.

Je suis de la génération pour laquelle le « mal du siècle » n’est plus qu’un cliché littéraire

 

Je suis de la génération atteinte du mal du « mal du siècle »

 

Je suis de la génération qui a accès à toute l’information c’est-à-dire à aucune

Je suis de la génération esclave de sa passivité

Je suis de la génération aseptisée et brainwashée

Je suis de la génération des                                                                             sucreries

 

filles

 

Je suis de la génération des hommes roses et émasculés

Je suis de la génération qui veut sauver la Nature mais laisse crever des milliers d’êtres humains

Je suis de la génération des anti-dépresseurs

Je suis de la génération dont les parents ont tué le mariage

Je suis de la génération qui a oublié que ces ancêtres ont tué Dieu

 

Je suis de la génération de la mise en série et de l’homogénéité

 

Je suis de la génération du tout consommable

Je suis de la génération qui glorifie sa dégénération

Je suis de la génération qui met à mort les aînés au lieu de les respecter

Je suis de la génération qui idolâtre l’éphémère

Je suis de la génération des maisons en cartons

Je suis de la génération du cynisme conservateur et du politically correct

 

Je suis de la génération de la mise en série et de l’homogénéité

 

Par renato bridge - Publié dans : poésie
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Mercredi 23 décembre 2009 3 23 /12 /Déc /2009 18:38

Théophile constata avec étonnement que ce vieillard parlait Galicien avec une tonalité musicale mystérieuse, et pourtant totalement intelligible. Ses premiers mots furent les suivants :

-         « Ô toi étranger aux cheveux divins qui coulent comme un ruisseau suave au dessus de ton visage, écoute-moi ! Toi qui n’es pas à l’image de tes violents concitoyens, dis-nous quel est ton nom ? »

-         « Théophile » fut le seul mot qu’il osa articuler.

À peine eut-il prononcé son prénom que les Utopiliens s’inclinèrent devant lui en silence puis le contemplèrent longuement en chantant à tue-tête une mélodie étrange et enivrante. Théophile put à ce moment voir dans leurs yeux ce qu’il n’avait auparavant jamais vu dans le regard d’aucune personne qui l’avait regardé : un mélange de compassion, d’admiration et de respect. Il se serait cru encore endormi si la fraîcheur du lait de coco qu’il venait d’ingurgiter ne lui avait pas laissé ce goût délicieux dans la bouche.

Au bout de quelques minutes, le vieillard se remit à parler :

-         « Tu es celui que nous attendions et tu feras rejaillir la joie sur nos cœurs ».

Théophile n’eut pas le temps de comprendre le sens de ces paroles que les Utopiliens s’inclinèrent une seconde fois et se remirent à chanter en chœur leur fascinante mélodie.

Puis le vieillard reprit :

-         « Tes cheveux sont la marque de ta divinité, mais aussi de ton humanité. Tu es l’homme qui n’est comme aucun autre homme ».

Théophile ne comprit pas plus le sens de ces deux phrases, car jusqu’à présent ses cheveux ne lui avaient rien causé d’autre que du malheur. Les Utopiliens chantaient toujours, certains même s’étaient mis à jouer de la flûte et de la harpe.

            Et le vieillard de conclure : « Tu es celui que l’on attendait, l’homme aux sept cheveux d’or, nous te vénérerons et tu nous guideras vers la liberté ». Et en même temps qu’ils prononçaient ces paroles, tous les Utopiliens, en cercle autour de Théophile, lui jetèrent de pleines poignées d’une fine poudre d’or sur la tête. Ils chantaient toujours la même mélodie joyeuse et envoûtante. Ses cheveux se mirent alors à rayonner et son visage s’illumina. Théophile commençait à comprendre : les Utopiliens le prenaient pour un Dieu.

 

****

Par renato bridge - Publié dans : littérature enfants et adultes
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Lundi 23 novembre 2009 1 23 /11 /Nov /2009 19:30

Il paraît que j'ai maintenant un accent aux résonances québécoises quand je parle, c'est en tout cas ce que me diront certains français... Pour un québécois, je suis immédiatement français, cela ne fait aucun doute, mais il sera tout de même très surpris si je me mets à lui parler du lac Saint-Jean et du pâté chinois! Il y a deux semaines, je parlais anglais et un britannique m'a demandé d'où j'étais parce que mon accent ne lui semblait pas français! Etonnant, non? aurait dit Pierre Desproges. 

Comment peut-on être français?

C'est sans doute en partie ça l'identité: une langue en mouvement, une langue inassignable car en perpétuel devenir! Ne suis-je pas le fruit de mes rencontres et de mes voyages, métissées avec ma naissance et mon origine? Un hybride complexe qui tente de résister à la société de consommation?

Comment peut-on être français?

J'aime le camembert, j'aime la vodka et j'aime le poulet au curry.
J'aime l'accordéon quand c'est un ami bélorusse qui en joue.
J'aime les feuilles des arbres en automne dans le sud de l'Ontario.
J'aime l'odeur du métro parisien car il me rappelle mon enfance.
J'aime quand une fille me chuchote à l'oreille des mots doux en espagnol.
J'aime regarder le foot quand il n'est pas une mascarade médiatique.
J'aime boire une bière en regardant un match de hockey.

Comment peut-on être français?

Mon frère, né à Paris comme moi, et des mêmes parents, n'aime pas le fromage. Il n'aime pas le foot non plus. Il lit peu. Il aime la Corse et ses couchers de soleil. Il aime faire du vélo. Il est lui aussi français, enfin je crois.

Comment peut-on ne pas être français?

Je suis français parce que j'habite en France, je suis français car c'est marqué sur ma carte d'identité, je suis français parce qu'on me l'a répété. Je suis français parce qu'il paraît que je suis râleur, ou c'est peut-être parce que je suis râleur que je suis français. Mais avant tout, je suis français parce que je suis citoyen du monde et que je suis né dans un pays où j'ose encore croire que l'on puisse devenir français chaque jour, si être français ça veut encore dire être un citoyen qui respecte les autres et qui est avant tout un être humain. Je ne suis pas français si cela veut dire que je dois figer mon identité, policer ma langue et mon accent, arrêter de boire de la bière en regardant un match de hockey. Je ne suis pas français si cela veut dire avoir dire être romantique et avoir un accent, mais peut-être ne se laver qu'une fois par semaine... Je ne suis pas français si cela veut dire marquer des buts au foot en contrôlant la balle de la main. 

Comment peut-on être français?

En acceptant qu'on puisse vouloir ne pas l'être. Je suis français parce que je ne suis pas français. Pas seulement. Pas exclusivement. Je suis français parce que je sais que ça ne veut pas dire grand chose d'être français, parce que ça n'a jamais voulu dire grand chose d'être français. Je suis français parce que je suis un Homme.
 

Par renato bridge - Publié dans : actualités
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Mercredi 4 novembre 2009 3 04 /11 /Nov /2009 19:48

 

 

 

Aux immortels, Baudelaire et Poe

 

 

Je m’étais construit un rêvoir idéal. Une chambre de trente mètres carré environ. Lit suspendu en bois d’acajou, petits sofas pourpres, rideaux moirés orange. Tout y respirait le calme et l’air y était emplit d’une sensuelle sérénité. Léger désordre où l’âme puisse déambuler avec douceur. Quelques livres éparpillés de-ci, de-la, Les Récits fantastiques de Gautier, Les Illuminations de Rimbaud, Le drageoir et ses savoureuses épices de Huysmans.

Seulement deux toiles sur les murs, en guise de tremplins vers l’ailleurs. Un Picasso, mi-meuble, mi guitare où le blanc et le bleu répandent l’harmonie d’une fenêtre azurée en bord de mer. Un Fragonard orangé et rose où une mère à l’œil coquin livre à un jeune peintre une fille trop complice à se déshabiller pour devenir son modèle. Ah! comme cet intérieur pourrait chasser la grisaille du quotidien, les toits de brique rouge et les collines embrumées!

Je relisais pour la vingtième fois « une morte amoureuse » me demandant qui du prêtre ou du prince libertin l’emportait chez moi, quand un bourdonnement affreux interrompit ma rêverie. Une grosse mouche noire, hideuse, de celles qu’on voit sur le museau des chevaux et dans les yeux gras des vaches, venait de se poser sur la table de marbre où j’avais l’habitude de dîner. Elle était entrée dans mon boudoir orangé, je ne sais comment, comme le cauchemar s’insinue dans un silence éclatant au milieu des rêves de bonheur les plus limpides. 

Je m’apprêtais à l’écraser quand elle s’envola de nouveau. Son bourdonnement infecte me hurla aux oreilles : « cesse de rêver et viens avec moi manger la merde qui déborde de vos trottoirs ! »

Par renato bridge - Publié dans : poème en prose
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